La rationalité scientifique aujourd'hui

Les controverses autour des thèses du Cercle de Vienne ont laissé,
sur la scène épistémologique, une impression générale fort bien
résumée par Alain Boyer en ces termes : «On ne sait plus très bien
ce qu'est la "scientificité", mais on se refuse à penser que la science
n'est qu'un mythe parmi d'autres.»
Le rapprochement que Feyerabend fait entre la «science
occidentale» et «la pensée africaine traditionnelle», et le parti-pris
relativiste qu'il adopte, comme le reconnaît Larry Laudan,
conduisent à s'interroger sur le sens et le rôle de ce genre de réflexion
dans des contextes déterminés.
Que la rationalité scientifique ne soit pas la seule forme concevable
de rationalité, cela va sans dire. Mais elle est tout de même singulière
de par sa constitution, qu'on a tendance à perdre de vue : un code
de construction de connaissances fondé sur les lois de la pensée et les
lois de la nature. On ne le dira jamais assez : ces lois procèdent d'une
réflexion sur les opérations effectives de l'esprit humain. La logique
codifiée par Aristote est avant tout une science d'observation :
observation des raisonnements usuels tels qu'ils se présentent dans
leur expression verbale et d'où l'on peut dégager des règles admises
par tout le monde, Grecs ou non-Grecs.