Castoriadis et la question de la vérité

Que peut signifier la notion de
vérité pour une pensée de la
création ? Telle est,
brutalement exprimée, la
question qui se pose à la
lecture de l'oeuvre de
Castoriadis. L'un des aspects
les plus novateurs et
stimulants de celle-ci est sans
doute d'avoir montré que la
société, toujours auto-instituée,
est à saisir à partir
de significations imaginaires
qu'elle crée, et qui la
structurent en retour : source
de sens, elles spécifient
notamment ce qui est juste et
ce qui est injuste, indiquant
par là ce qu'il convient de
faire ou non - de telle sorte
que leur légitimité semble
hors de tout questionnement.
Cette remarque, qui suffit à
manifester la possibilité de
leur mise en cause, souligne
que nous vivons dans une
société pour laquelle la vérité
se comprend, non comme
reconnaissance d'un ordre
particulier ou accueil d'une
révélation, mais bien comme
objet de recherche. Le deuil
accepté de la saisie de
l'Absolu ne conduit pourtant
pas Castoriadis à réduire
l'objectivité à l'ordre de
l'intersubjectivité. La pensée
humaine structurée par la
logique classique, qu'il
nomme ensembliste-identitaire,
est à même
d'énoncer des vérités,
assure-t-il. Ainsi, bien
qu'échappant à toute
structuration possible,
l'être serait partiellement
appréhendable par un logos
spécifique, fruit d'une création
historique ; ce qui laisse
quelque peu perplexe.
N'est-ce pas le lot de toute
grande pensée qui, chaque
fois, porte un regard neuf sur
les domaines du pensable ?