Musica corporis : savoirs et arts du corps de l'Antiquité à l'âge humaniste et classique

Penser le corps, à travers ses savoirs et ses arts, telle est la question
que se propose d'examiner cet ensemble de contributions, à partir
des divers points de vue et méthodes propres aux disciplines réunies,
philosophie, philologie, histoire, histoire de l'art et de la musique.
Alors que nombreuses sont les approches que le sujet suscite,
aujourd'hui plus que jamais, la réflexion développée ici pose sous
l'arbitrage de l'art les fondements de la question : elle s'attache moins à
l'être de nature qu'à l'objet, soumis à la recherche de perfection et de
beauté, que l'art dessine et offre au monde.
La période retenue, de l'Antiquité à l'âge humaniste et classique, est
en effet celle des civilisations artistes qui ont pensé et construit le corps
de l'homme à partir de l'idée de beauté : les paradigmes architectural,
sculptural, pictural et musical s'y entrecroisent autour des notions
d'harmonie, d'eurythmie, de symétrie, de proportion, de nombre et de
rythme, mais aussi de grâce, mouvement libre et dissonant qui confère
légèreté à toute fabrica et en parachève l'ineffable beauté.
Des présocratiques à Platon et Aristote, d'Homère aux Tragiques,
de Vitruve à Leon Battista Alberti, de Polyclète à Benvenuto Cellini, de
Pline l'Ancien à Raphaël et au Corrège, d'Augustin et de Boèce à Francesco
Zorzi, de Castiglione à Schiller, pour citer quelques-uns des auteurs
abordés, l'on voudra mieux comprendre cet humanisme esthétique
qui, par les arts du beau - les arts du disegno et la musique - et ceux
du corps - la gymnastique, la danse, l'escrime, voire l'art équestre - vise
à la connaissance, au perfectionnement et à la construction de soi.