Les impunis ou les obsessions interdites

L'écrivain a choisi une écriture de subversion et de rupture et sa révolte est aussi
bien politique que sociale et existentielle. Rongée au fond d'elle-même par une
maladie dévastatrice, elle n'a pas utilisé le récit et l'écriture pour lutter contre ce mal
et cette injustice, et n'a pas cherché "les mots pour les dire". Houria Boussejra
est une révoltée née et la contestation chez elle est consubstantielle à l'exigence de
pureté qui la faisait vivre et l'aidait à vivre.
Le monde qu'elle décrit est le nôtre, ou plutôt la face cachée du nôtre ; c'est celui
que nous refusons de voir et que l'auteur nous dévoile malgré nous, contre nous
et met à nu en dépit de la myopie des uns et de la cécité de tous.
Oserai-je parler de ses personnages comme de personnages d'un "Maroc d'en
bas", ou comme les prototypes de "femmes inachevées", exploitées, humiliées,
battues ; mais dures avec elle-mêmes et avec les autres ? Houria Boussejra s'en est
allée avant cette avancée de la condition féminine qui dans notre société bouleverse
tout le confort ancestral qui nous berçait dans une douce somnolence. Elle aurait
dit, si elle avait vécu cette avancée, "c'est bien", mais elle aurait écrit surtout un
récit pour dire aussi qu'il faut que les hommes et les femmes désapprennent ce
qu'ils ont appris de ce passé si confortable et si doucereux pour les hommes, si
tragique pour les femmes, qu'il faut "désapprendre" pour accompagner, pour "apprendre"
cette avancée et elle l'aurait dit dans cette langue rude qui est la sienne
et qu'elle a choisie pour ce texte que nous allons lire ensemble.
Le titre "les impunis" est lourd de sens, puisqu'en parcourant ce texte nous nous
disons que nous sommes tous des impunis et que l'impunité est le tissu conjonctif
de notre condition sociale. Extrait de la préface de Abdeljil Lahjomri