La frontière méditerranéenne du XVe au XVIIe siècle : échanges, circulations et affrontements

Le cadre géographique et chronologique retenu par cet ouvrage collectif
le place immédiatement sous les auspices de Fernand Braudel. Comme la
fameuse Méditerranée de celui-ci, il semble osciller entre ce qui fait l'unité
économique et culturelle du bassin méditerranéen, et ce qui au contraire le
divise de façon radicale, essentiellement le conflit entre Islam et Chrétienté.
Mais en rassemblant des contributions de spécialistes des deux bords, il tente
de connecter des historiographies rarement amenées à se rencontrer.
Les affrontements entre Chrétienté et Islam se poursuivent à cette époque,
et des références à la croisade ou au djihad sont employées à l'appui de la revendication
d'une souveraineté universelle, ou de la légitimation d'une action aux
yeux de l'opinion. Mais les conflits internes aux deux camps l'emportent, et
amènent à des alliances plus ou moins explicites entre «chrétiens» et «musulmans»,
tandis que les échanges commerciaux s'intensifient. La circulation de
biens matériels et les transferts de technologie de part et d'autre de la frontière
sont attestés, souvent dans un contexte d'opposition sourde ou de compétition.
La notion même de frontière se précise alors, à travers l'essor de la cartographie,
l'affirmation de la souveraineté des États sur les territoires, et la
conclusion de traités. L'évolution de l'art de la guerre amène un renforcement
des lignes de frontière et du contrôle du centre politique sur les périphéries.
Les juristes s'emploient à légitimer l'appropriation de la mer par les États
à travers la notion «d'eaux territoriales». Néanmoins, des zones de l'entre-deux
demeurent, et offrent des ressources à des spécialistes de l'affrontement
aussi bien que de la négociation et de la circulation, dont plusieurs apparaissent
dans ce livre en tant que groupes ou individus.
Selon une démarche aujourd'hui bien établie chez les historiens, les
contributions à ce volume combinent une approche locale et une approche
globale, qui s'éloignent des grands déterminismes géographiques et économiques
braudéliens. Des fragments de vie peuvent, par leur particularité,
révéler un aspect plus vaste et représentatif du type de relations qui s'instaurent
alors en Méditerranée, en un temps où course, transport et commerce
sont étroitement imbriqués.