Revue germanique internationale, n° 22. Friedrich Schiller : la modernité d'un classique

En 2005, on commémorera le 200<sup>e</sup> anniversaire de la mort de Friedrich Schiller. Cet événement offrira sans doute une nouvelle occasion de poser la question de l'actualité du classique weimarien. La question à laquelle en 1929 déjà - autre « année Schiller » - Thomas Mann fut invité à répondre : « Schiller est-il encore vivant ? » est en effet récurrente. Mais c'est à chaque fois moins l'oeuvre elle-même qui est en cause que l'usage qu'en fit le XIX<sup>e</sup> siècle bourgeois.
Or cette oeuvre est bien autre chose que ce répertoire de sentences bien-pensantes et de proverbes rassurants auquel on a voulu souvent la réduire. Une fois débarrassée de la gangue des lectures moralisatrices ou nationalistes réductrices, elle se révèle être d'une surprenante modernité. Caractéristique du paradigme anthropologique qu'adopta la littérature, à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle et qui subsiste jusqu'à nos jours, elle pense déjà la crise de la modernité à laquelle sa philosophie de l'art tente d'apporter une réponse. Schiller mérite également d'être nommé notre contemporain par l'acuité avec laquelle son théâtre analyse les mécanismes tragiques de l'histoire et de la politique.
Les quatorze contributions réunies dans ce volume abordent aussi bien les essais esthétiques que la production poétique ou encore le théâtre dont la présence dans le répertoire allemand reste considérable. Elles s'intéressent également à la réception et interrogent l'image d'un auteur classique plus qu'aucun autre constitutif de l'identité culturelle allemande. La réponse qu'elles donnent à la question initiale est sans équivoque : en ce début de XXI<sup>e</sup> siècle, Schiller est plus vivant que jamais.