Vie des Pères du Jura

Quarante ans après la mort de saint Martin,
soixante-dix ans avant les débuts de saint Benoît,
une expérience monastique originale fut tentée
dans le «désert» du Jura par deux frères,
Romain et Lupicin. Les «institutions» jurassiennes,
inspirées de celles de Provence, relais de
l'Orient, mais adaptées au «tempérament
gaulois» et à la rudesse du climat, atteignirent
leur perfection sous le troisième des «Pères du
Jura», saint Oyend, mort entre 512 et 514. Peu
après la mort de ce saint, un de ses disciples, son
confident, a raconté avec autant d'art que de
ferveur, en un harmonieux triptyque, la vie des
trois Pères.
La valeur littéraire de cette oeuvre, «fondamentale
pour l'ancien monachisme en
France» (P. Antin), ajoute à son vif intérêt
historique et spirituel. Les souvenirs de l'auteur,
complétant ceux des anciens, fournissent à la
narration mille traits vécus illustrant les aspects
les plus variés de l'histoire des V<sup>e</sup> et VI<sup>e</sup> siècles, de
la Gaule romaine au royaume burgonde. La
spiritualité monastique s'y trouve discrètement
enseignée à travers les portraits contrastés des
trois Pères, l'austérité laissant toujours place à la
sagesse et aux gestes de délicate charité.