La trace du vent

Un homme médite sur la mort de sa femme, un
homme laisse son regard errer sur les espaces
lumineux des toiles de maîtres accrochées à ses murs,
un homme écrit : «Ce qui m'agite, ce ne sont pas des
mots creux. Non seulement tu n'as pas perdu toute
existence, mais cette existence que tu n'es plus là
pour retenir ensemble se répand au contraire. Elle
déborde. Elle colore le monde. Elle infuse la vie.
Liée au vide ? Sans doute. Mais ce qui est vide
l'essentiel le remplit.»
Ainsi se met en marche l'opération alchimique
par laquelle «le vide insupportable», le «zéro
négatif» puisse devenir «zéro positif», «blanc» où
se recueille et rayonne l'essence de l'être aimé.
Opération alchimique où ces peintres amis que
furent, entre autres, Jean Degottex, Lars Fredrikson,
Brion Gysin, jouent le rôle de l'essence mercurielle
nécessaire au grand oeuvre. Ne furent-ils pas, en effet,
chacun selon sa manière propre à la recherche de
«l'espace immatériel», du «vide de plénitude»
dans lequel la mort ne s'oppose plus à la vie, où toute
lourdeur s'efface en légèreté - trace du vent - et
devient fleurissement de couleur, «là où l'on est sûr
que l'oeuvre ne fera pas poussière, qu'elle ne pèsera
jamais». Comme l'amour.