Kifagio : les pérégrinations d'une accompagnatrice

Lorsqu'il me fut proposé,
dans les années 1970, d'accompagner
des circuits au
Kenya et en Tanzanie, aux
yeux de ceux avec qui je
venais de partager les
grandes vagues de 68, c'était
pire qu'une trahison :
une mutilation volontaire
de la pire espèce. Il aurait
fallu, pour me justifier,
avoir un projet secret,
changer la couleur de mes
yeux pour aller «filmer
l'ennemi» comme
Gunther Wallraf. Car de
tous les ennemis d'alors,
les touristes étaient les
pires. (...)
À l'heure où j'écris ces
lignes, trente ans plus
tard, il me semble que
toute ma vraie mémoire
tient à la sensation éprouvée,
au sortir de l'avion à
Djibouti, lorsque j'ai senti
brusquement mes collants
fondre et deux jours plus
tard, au rouge de la terre
balayée par le bleu-vert
des eucalyptus en remontant
de Dire Daoua vers
Harrar, et puis aussi cette
sensation assez rare d'arriver
quelque part.