Hémographie des désordres

Plusieurs dizaines d'années ont été nécessaires à
l'artiste pour constituer la base iconographique qui
a servi son travail de peintre. Pour lui, l'image régit
tout et parvient à rendre photogéniques les désordres
du monde ; aussi, muni de ce matériau brut, l'artiste,
avec sa sensibilité, a voulu réagir en écho à cette
manipulation de l'image et rendre hommage à ses
modèles et aux magnifiques séances d'atelier passées
à rire, à boire et à fumer.
On découvre là, tout le talent de déconstruction du
plasticien qui a su s'emparer des peaux, des sourires
et des cris pour jouer avec le beau et le laid, avec la
souffrance et le bonheur, raconter une histoire qui
distrait tout en rappelant que l'horreur, la vraie, est
autour de nous.
Il fallait les anomalies et les monstruosités qui
éveillent la curiosité pour réinventer la souffrance et
la manipuler jusqu'à en faire un leurre argentique et
rappeler ainsi que les yeux les plus innocents peuvent
devenir du jour au lendemain des regards de haine,
les gestes d'amour, des gestes criminels, les bouches
souriantes, des grimaces, les libertés, des prisons.
Ainsi, parée de tous les imaginaires liés à son identité,
cette hémographie des désordres lui permet, après tant
d'années consacrées à la peinture, d'impressionner
en noir et blanc le sang rouge des hommes, leurs
bleus et leurs blessures, au centre d'une poétique
très sombre, qu'on retrouve dans son dernier roman :
lapeaudumonde.com