Décentraliser en France : idéologies, histoire et prospective : colloque du CENTRE, Caen, 28 et 29 novembre 2002

À l'heure où la construction européenne, mais aussi les
revendications identitaires localistes et communautaristes,
contribuent à remettre en question l'organisation administrative
et territoriale héritée de l'an VIII, il importait sans
doute de reconsidérer celle-ci. Annoncée et conçue comme le
grand chantier constitutionnel du gouvernement Raffarin, la
réforme décentralisatrice de 2003 en bouleverse, en effet, les
habitudes, les pratiques et les concepts.
Mais la décentralisation n'est pas, en France, un thème qui
serait subitement devenu d'actualité en 2002. Le rapport
entre le centre et la périphérie est au coeur de toute construction
étatique : il a été pensé sous l'Ancien Régime, repensé et
réorganisé sous la Révolution et l'Empire, défendu, combattu
et modifié tout au long des deux siècles suivants, alors que
se formait notre identité, et bien peu d'écoles et de mouvements
politiques ont pu faire, sur ce plan, l'économie d'une
réflexion approfondie.
De quels héritages idéologiques peut se réclamer, en France,
une pensée décentralisatrice ? Quelles ont été les propositions,
mais aussi les tentatives, fructueuses ou avortées, faites
pour promouvoir des autonomies locales, tout en ménageant
l'autorité de l'État ? Depuis deux siècles s'élabore une
réflexion sur ce que pourrait être une «décentralisation à la
française», très différente de celles susceptibles d'être pratiquées
dans des pays de traditions différentes. Une «décentralisation
à la française», à l'aune de laquelle pourrait être
appréciée celle que l'on est en train de mettre en place.