Jean Cocteau, Arthur Rimbaud et le surréalisme

Les Surréalistes ont reconnu le modernisme de Rimbaud en l'incluant parmi leurs
grandes sources d'inspiration. Quant à Jean Cocteau, il l'a vénéré et a toujours
souhaité adhérer au Surréalisme (en vain, pour des raisons politiques et sociales).
Confronter tous ces poètes, c'est mettre en lumière une poésie qui leur est commune,
et dont le principal moteur est la révolte, le bouleversement des choses établies et des
doctrines intellectuelles, l'«insoumission totale», sans morale. Ils choisissent de
s'exprimer par un nouveau langage, affranchi de la logique, qui laisse libre cours à
l'imagination et à l'inconscient - révélateur de vérité. L'intention première de ce
renouveau poétique est de «voir» le Réel au-delà des apparences trompeuses
(Cocteau l'illustre bien par sa traversée du miroir, qui n'est que feinte, la vérité étant
cachée de l'autre côté). Cette poésie interpelle, conditionne, déconcerte. Elle nous
conduit aussi vers un ailleurs qui prend sa source en partie dans le rêve.
L'espoir de Cocteau, de Rimbaud déjà, ou encore des Surréalistes reste qu'un jour le
rêve s'intégrera merveilleusement dans la réalité, pour la compléter. L'un et l'autre se
fondraient pour ne former plus qu'une unité magique : le «surréel» (le «plus vrai
que le vrai» selon Cocteau), que ces poètes ont créé dans un état de demi-sommeil
(processus de création où la raison est endormie pour laisser place à l'inconscient) par
de belles images insolites, en maniant aussi bien le verbe que le pinceau, ou le crayon
à dessin.