Poser nue

«Vous dînez chez des amis. Entre la poire et le fromage, Z. [...] se vante de ce
que, lors d'un récent séjour à la Villa Médicis à Rome, il a fait la connaissance
d'une dame d'un certain âge, ayant posé dans sa jeunesse pour le peintre
Balthus.
Aussitôt, vous mettez vos gros sabots dans le plat. "Et ?" [...]
Pas un instant Z. n'a songé à demander à cette femme ce qu'elle pensait,
petite, du grand Balthus, quelles étaient ses rêveries pendant les séances de
pose, quel a été l'impact de ces séances sur son désir à elle, son érotisme à
elle, dans les années post-adolescentes de son existence. [...]
Si l'histoire de Z. vous a laissée sur votre faim, c'est que les modèles de
peintres - vous le savez, ayant vous-même fait partie de ce sous-ensemble
de l'humanité - pensent à mille et mille choses.
Votre première expérience de pose est de loin la pire. Vous avez dix-huit ans,
habitez New York [...].
Vous posez nue, puis vous vous rhabillez.»
Nancy Huston
Un texte surprenant sur un sujet surprenant - un texte brûlant et délicat sur
un sujet délicat et brûlant, un texte très personnel où la grande romancière
creuse le sillon de sa réflexion sur les rapports hommes-femmes, femmes-corps,
hommes-corps de femme...
Les nus de Guy Oberson, des sanguines tordues, tendues, enlacées sont l'écho
visuel de ce texte.