La spirale

«Dans l'un de ces grands cafés qui bordent la place du
Trocadéro, le coin non-fumeurs s'enroule comme le corps
d'un escargot au sein d'une coquille de verre brun. Au centre,
dans un U, se trouve une table ronde et, en remontant tout du
long vers l'ouverture, les tables épousent à l'effleurement de
la paroi la courbe de l'hélice. Chaque point sur l'arc hélicoïdal
rencontre sa propre tangente, s'évade et, à la fois, se replie
sur le souci de la forme, s'évasant comme le limaçon de
l'oreille vers l'air tissé de sons, se recoquillant en son repos,
ses profondeurs, la muette invisibilité de la vie, à la racine de
l'intuition, là où va puiser l'oracle. Et nous en sommes les
échos, sans toujours nous en rendre compte.»
Ce roman naît de la forme que suggère le titre, la spirale,
qui annonce à la fois enchevêtrement, recoupement et infini,
comme en ces rayons sur lesquels, si on les fait tourner entre
ses doigts, elle se déroule sans fin pour échouer dans le vide
à l'extrémité de l'objet. «Elle esquissait autour de l'objet un
nimbe imaginaire, la pensée de la forme autour de la forme
elle-même.» Le récit, d'adresse en adresse, de relation en
relation, s'enroule autour de la place du Trocadéro pour y
revenir et conclure à son inachèvement. «Les événements, les
personnages et les portes cochères de ce récit sont imaginaires.
La spirale a pris sur le plan de Paris.»