Au pays des mensonges

Raconte-moi une histoire ou je te tue. Raconte-moi une
histoire ou je meurs. Ainsi commence le nouveau recueil
d'Etgar Keret : sous la menace de notre soif vitale d'histoires
pour tenir le coup dans notre drôle de monde, où
l'envers et l'endroit se rejoignent sans cesse pour le pire
et le meilleur, comme dans un anneau de Möbius. Au fond
d'un trou où vivent les personnages de nos mensonges ;
dans un quartier de riches où un soleil digital brille toute
l'année ; chez Serguei dont l'ami le plus précieux est un
poisson d'or dont il refuse de gaspiller les pouvoirs magiques
; dans un restaurant sur le point de faire faillite où
débarque une horde de Russes équipés de leur piquenique
; chez une jeune femme qui, deux ans après un
mariage blanc, doit identifier le cadavre d'un mari qu'elle
a à peine connu ; dans une histoire que le lecteur peut
poursuivre ou quitter à sa guise en attendant le livre qui
pourrait se transformer en "animal à la fourrure agréable
au toucher" ; dans une poche de pantalon qui contient
tout ce qu'il faut pour ne pas louper le coche en cas de
bonheur. Ainsi de suite, pendant trente-neuf nouvelles,
comme autant d'exercices salutaires pour apprendre à
lire autrement la vie, la solitude, la mort, la violence et le
CAC 40.
Etgar Keret a grandi et son art si singulier de la nouvelle
aussi. Toujours plus audacieux, mais plus métaphysique
encore, plus proche du coeur violent et solitaire de son
lecteur, son frère. Impressionnant de maturité.