J'ai survécu au débarquement : Germain Nault, ancien combattant, se raconte

On ne guérit jamais de la guerre. On n'accepte pas d'y avoir
tant souffert et on ne se sent guère plus soulagé d'y avoir survécu.
Bien des anciens combattants blessés dans leur coeur et leur
corps ont tenté et tentent toujours d'oublier ces jours sombres
où ils ont traversé l'enfer. Pourtant, lui-même protagoniste de
la Seconde Guerre mondiale, Germain Nault veut se souvenir,
afin que les sacrifices et le courage de ses frères d'armes n'aient
pas été vains et que son histoire ne s'éteigne pas avec lui et reste
dans la mémoire collective. Bien des traumatismes auraient pu
briser cet homme à tout jamais, mais il a survécu en regardant
droit devant lui et en imaginant un avenir meilleur.
Ce baptême du feu, c'était un cauchemar
éveillé, rien de moins.
Vers la fin mai, nous nous sommes aperçus que la sécurité s'intensifiait
autour du camp. Nous savions dès lors que le moment que nous
attendions tous depuis plusieurs mois, le jour J, jour prévu du débarquement
sur la terre normande en France, approchait à grands pas.
Nous étions fébriles, mais tout à fait inconscients de ce qui nous
attendait. À cet instant, je ne crois pas avoir vraiment saisi toute
l'ampleur de ce qui était en train de se préparer. Je crois que c'était
le cas de nous tous. Notre destin s'ouvrait sur une réalité de plus
en plus noire, mais nous n'en savions rien encore. Ce que nous étions
sur le point de vivre demeurait irréel. J'allais bientôt découvrir
la dure réalité, comme tous mes frères d'armes.