Eduquer le peuple : une école janséniste au faubourg Saint-Antoine à la veille de la Révolution

À la veille de la Révolution, rue de Lappe, à deux pas de la Bastille,
Jean-François Grivel, supérieur des «frères tabourins», achève de rédiger
un gros volume rassemblant toutes les informations utiles au bon
fonctionnement de son établissement. Profondément marqués par le jansénisme,
les frères vivent en communauté, tout en demeurant des laïcs.
Ils se consacrent à l'instruction primaire et dispensent gratuitement leur
enseignement dans des «écoles de charité», destinées aux enfants les
plus pauvres, qu'ils vivent au faubourg Saint-Antoine ou dans d'autres
paroisses, à Paris comme en province, en particulier à Auxerre.
Le supérieur n'a guère de répit entre les règlements des écoles et l'enseignement
de l'Écriture sainte... Il recense aussi les commerçants honnêtes
chargés d'approvisionner la maison. Il faut également se charger
des fosses d'aisance, soigner les frères malades, rédiger des placets pour
les petites gens, distribuer le pain et les haricots... Ce manuscrit de plus
de 1 200 pages avait, à l'origine, l'ambition de fournir une réponse à
toutes les questions qui pourraient se poser à son successeur. Grivel fait
feu de tout bois : il copie énormément et retrouver ses sources n'a pas
toujours été un travail aisé. Cette édition critique a retenu pour le lecteur
les passages les plus représentatifs de ces pages d'histoire religieuse
qui intéresseront aussi bien le spécialiste des mentalités que celui de la
culture matérielle.
Curieux, mesquin, dévot, serviable, misogyne, obsédé par la médecine
ou par les chiffres, plus intéressé par la pédagogie que par les
enfants eux-mêmes : la personnalité de Grivel transparaît ici dans toute
sa complexité. Nous n'avons pas là affaire à un grand personnage, à un
acteur majeur de l'histoire mais nous pouvons, grâce à lui, accéder au
quotidien du Paris de la fin de l'Ancien Régime.