Histoire de France. Vol. 3. Philippe Le Bel, Charles V

«Philippe-le-Bel avait été élevé par un dominicain.
Il avait pour confesseur un dominicain. Longtemps
ces moines avaient été amis des Templiers, au
point même qu'ils s'étaient engagés à solliciter
de chaque mourant qu'ils confesseraient un legs
pour le Temple. Mais peu à peu les deux ordres
étaient devenus rivaux. Les dominicains avaient un
ordre militaire à eux, les Cavalieri gaudenti, qui ne
prit pas grand essor. A cette rivalité accidentelle il
faut ajouter une cause fondamentale de haine. Les
Templiers étaient nobles ; les dominicains, les Mendiants,
étaient en grande partie roturiers [...]. Dans
les Mendiants, comme dans les légistes conseillers
de Philippe-le-Bel, il y avait contre les nobles, les
hommes d'armes, les chevaliers, un fonds commun
de malveillance, un levain de haine niveleuse. Les
légistes devaient haïr les Templiers comme moines ;
les dominicains les détestaient comme gens d'armes,
comme moines mondains, qui réunissaient les profits
de la sainteté et l'orgueil de la vie militaire. [...] Le
coup ne fut pas imprévu, comme on l'a dit. Les Templiers
eurent le temps de le voir venir. Mais l'orgueil
les perdit ; ils crurent toujours qu'on n'oserait.»