Les Orientaux face aux orientalismes

Publié en 1978, L'Orientalisme d'Edward Said relit et
interroge toute une tradition orientaliste très ancienne, mise au
service de l'hégémonie et de l'impérialisme européen. Le succès
de cet ouvrage dans le monde anglo-saxon et ailleurs ouvre la
voie à de nouvelles recherches culturelles et contribue largement
à l'émergence des études postcoloniales. La mise en question
de l'orientalisme révèle au grand jour l'ampleur de la crise qui
secoue cette discipline - crise déjà pointée du doigt par Jacques
Berque, en 1961, Anouar Abdel-Malek, en 1963, ou encore
Maxime Rodinson en 1974. Ainsi, la prise de conscience de la
nécessité de collaborer à égalité avec les Orientaux gagne de plus
en plus de terrain.
Comment faire place dans ce domaine de recherche
«à l'Autre étranger» comme le souhaitait déjà Edward Said ?
Faut-il habiter l'Orient pour être «oriental» ? Quel regard porte-t-on
sur l'orientalisme européen quand on se situe à l'intérieur
de l'Orient ? Inversement, comment appréhender les phénomènes
de déplacement, de migration, d'exil ou de «déterritorialisation»
des Orientaux en Occident ? Ces derniers dépendent-ils des
institutions occidentales dans lesquelles ils évoluent et par
lesquelles ils diffusent leurs critiques ? Telles sont, entre autres,
les interrogations auxquelles cet ouvrage collectif tente
d'apporter quelques réponses. Ces contributions révèlent l'ampleur
des collaborations entre intellectuels d'Orient et chercheurs
d'Occident, au-delà de la complexité de l'histoire coloniale.
"Cet ouvrage collectif vient remettre les pendules à l'heure et
nous rappeler quelque vérités essentielles sur différentes formes
d'orientalisme et leurs fonctions." Georges Corm