Le fin fond de l'histoire

« [...] veuillez excuser et pardonner au sans génie que je suis, car je surchauffe comme un puceau depuis qu'une belle défraîchie a déployé ses charmes usés de femme trop mûre pour raviver ma substance molle, j'en ai déjà le fusible qui menace de sauter juste à y penser, alors avant de décharger, la pile à plat, je cède la plume aux acteurs principaux qui me poussent dans le dos et urgent de s'inscrire dans cette histoire qui les concerne en direct et témoigner de leurs problèmes d'identité [...] » Sur un ton à la fois décontracté, éclaté et un peu fêlé, Andrée Laberge nous propose un roman déroutant, complexe, et tout à fait d'actualité, qui se déroule en plein coeur de la vieille capitale. Ici, les questions essentielles tournent autour de l'identité, de la filiation et de la lignée, car les pistes sont brouillées. Par exemple, la sauvagesse a beau se faire dire qu'elle n'en est pas une, la chose est si évidente à cause de sa peau cuivrée et de ses cheveux de jais que personne n'en doute. Quant au bâtard d'infirmier, c'est sa mère qu'il cherche en vain dans le visage des femmes âgées qu'il soigne avec une passion et une intensité qui inquiètent la direction de l'hôpital. Reste la vieille folle engrossée par un séminariste au temps de sa jeunesse. Elle a vécu son péché avec la plus grande culpabilité pour se rendre compte, à 78 ans, que toute cette comédie religieuse était une farce. En sourdine un questionnement de notre histoire : et si ce qu'on nous avait enseigné sur la race française et la religion catholique n'avait été que distorsion et fabulation.