Enfants des fleurs

Avez-vous jamais vu un datura ? Nous, les Chinois, nous appelons
cette mystérieuse plante indienne mandala en référence aux
motifs kaléidoscopiques auxquels on a recours dans la méditation
bouddhiste. Les fleurs présentent une épine pointue à l'intérieur
de leurs corolles en forme de trompettes et les feuilles exsudent
un liquide toxique.
Selon ma mère, je devais avoir appris, dans une vie antérieure, au
cours de pérégrinations à Java ou dans quelque autre pays exotique,
une langue étrange.
«Ma petite sixième, comme dans cette vie-ci tu es venue à moi, tu
n'as plus besoin des épines qui poussaient sur ton corps dans ces
régions sauvages. Gardes-en tout de même une. Lorsque je serai
partie, elle t'aidera à affronter ce monde dont tu as si peur.»
Un poème chinois compare l'amour au fil qu'une mère utilise pour
coudre les vêtements de ses enfants, fil que rien ne peut rompre,
ni le temps ni l'espace. La narratrice, qui vient de perdre sa mère,
n'en mesurera la vérité que trop tard. Puissant, sans détour, lyrique
et cru, ce texte aussi personnel qu'allégorique impose Hong Ying
comme l'une des voix les plus étonnantes de la Chine d'aujourd'hui.