Soleil-Haut

Il ne se passe presque jamais rien, à Soleil-Haut, la
clairière où s'affaissent côte à côte la maison des époux
Mazuel et celle de leur voisin Janisson. On va attendre le
boulanger et l'épicier au bout du chemin, on fend du
bois, on boit du vin. De rares et menus événements jalonnent
de temps à autre le quotidien : l'abattage du cochon,
la fête de Noël...
L'esprit de mémé Pélagie s'est figé dans les griefs du
passé : chaque jour, dans sa cuisine, elle égrène inlassablement
les mêmes légumes et les mêmes ragots. Matamore
et volontiers tire-au-flanc, le vieux Mazuel s'invente des
maladies ou les exagère, accroché à la lecture de la
rubrique nécrologique du journal. Travailleur occasionnel
et amoureux sans espoir de la veuve Eulalie, Janisson
s'abandonne à l'ivrognerie. Afin de se valoriser, il se
déguise en ours et s'exhibe sur les places de village, encourant
les foudres d'un curé acrimonieux...
Petites destinées, longues misères ensevelies sous l'hiver...
Les griffes des querelles et de l'ennui, peu à peu,
vont s'émousser et le spectre du néant va hanter les
quelques survivants de ce monde immobile.
«Comment vit-on, comment meurt-on dans ces
déserts ? Comme des loups, et Jean-Claude Sordelli nous
le raconte. L'histoire telle quelle suffit à laisser un frisson...
C'est le roman de la solitude, du temps qui passe,
de la misère, de la vieillesse et de la mort.»
Alexandre Vialatte, La Montagne