Le lac des oiseaux : vivre après l'Algérie

El Oued, un dimanche des années trente. Les enfants jouent dans les dunes,
et plus tard dans celles d'Ermenonville : «[...] Je ne sais pas encore que mes
glissades sur le sable d'Ermenonville s'enchaînent aux tiennes tracées dans le
désert. Je ne sais pas encore que notre terre a changé ou plutôt que nous avons
changé de terre. Je ne sais pas encore que nos empreintes ont désormais glissé
sur un autre sol, que nos racines rompues par le cours de l'Histoire se sont
répandues en de nombreuses cicatrices sur l'hexagone. La métropole.»
L'exil vers «la mère Patrie». C'est ce paradoxe, dont l'Histoire ne se fait pas
avare, que raconte Gisèle Seimandi sous le nom d'origine de sa mère, comme
d'un sceau qui protégerait le fragile passé. La vie à Touggourt, un autre monde,
d'autres horizons. Que des retours, des décennies plus tard, ont ravivé, en
rouvrant les portes de l'enfance. Mais, surtout, les conversations avec sa mère,
les souvenirs impalpables, la mise à nu des racines du temps, la vie à reconstruire
après la vie près du Lac des Oiseaux, les évocations, les travaux simples et le
quotidien familial d'autrefois sont entretissés avec une émotion discrète. Ces
belles pages sur un hier que le temps effaçait peu à peu sont empreintes de
poésie et de sérénité. Comme quoi, parfois, le passé sait nous attendre,
et plus encore nous atteindre.
Claude Michel Cluny