Ellrich, 1944-1945 : un camp de la mort lente dans la nébuleuse concentrationnaire nazie

Au tournant de l'année 1943, alors que le cours de la guerre commence à s'inverser,
le régime nazi, se refusant avec une effroyable obstination à toute idée de défaite,
s'est lancé dans une guerre totale dont il doit se donner les moyens. Les projets pharaoniques
qui vont se multiplier seront à l'origine de nombreux chantiers destinés à
accueillir des usines d'armement dans des galeries creusées sous le massif mythique
du Harz, au coeur de l'Allemagne. À Dora-Mittelbau seront fabriqués les V2. Ellrich,
créé en 1944, fut l'un de ces camps injustement oubliés où les conditions de survie
des plus précaires, conjuguées au travail harassant et à la désorganisation des derniers
mois de la guerre, entraînèrent des pics de mortalité sans égal.
L'ouvrage de l'historien Jens-Christian Wagner établit la chronologie de la nébuleuse
nazie des camps annexes autour d'Ellrich, retrace la vie et la mort des détenus,
mais aussi des gardiens, simples soldats de la Luftwaffe ou tortionnaires sanguinaires...
Les derniers mois d'existence de ce camp précèdent les terribles «marches de la
mort», les massacres par les bourreaux soucieux d'effacer toutes traces de l'indicible
en éliminant les témoins et en ne laissant derrière eux que des mourants.
Après la guerre, Ellrich connut un destin singulier : la frontière entre les deux
Allemagnes passait au milieu de ce que fut l' Appellplatz , et le rideau de fer coupa en
deux un des plus monstrueux camps de concentration nazis. Les conflits des temps
nouveaux ayant relégué à l'arrière-plan l'histoire de ce lieu, les deux Allemagnes
d'Ellrich firent alors place à l'oubli. Avec la réunification, l'histoire de ce camp reprit
peu à peu sa place dans la mémoire collective d'Ellrich et le site fut progressivement
aménagé en Mémorial, autour des quelques traces encore visibles.
Ellrich 1944-1945, Camps de la mort lente dans la nébuleuse concentrationnaire nazie ,
présenté pour la première fois en France, est incontournable. Cet ouvrage, avec ses
références complétées de nombreux documents, de photographies d'époque, de
fresques et de témoignages, devrait intéresser un large public, car il exhume des pages
de notre histoire contemporaine injustement oubliées jusqu'à ce jour. Il nous apparaissait
nécessaire et salutaire que les lecteurs français puissent en prendre connaissance et
partager cette tranche de notre histoire du XX<sup>e</sup> siècle qui appartient à notre devenir de
citoyen d'Europe.