L'épopée Bugatti

« De l'automobile considérée comme un des beaux-arts » : tel pourrait être le titre de ce livre. Ettore Bugatti, en effet, n'est même pas ingénieur lorsqu'il est saisi à quatorze ans par le démon de la mécanique. Quatre ans plus tard, il réalise deux voitures qui séduisent le grand industriel de Dietrich : et il n'est pas encore majeur quand celui-ci lui offre son premier contrat. C'est l'époque héroïque de l'automobile, celle où Bugatti, mécanicien inspiré, assemble dans une cave le premier de ses « pur-sang »... L'âge industriel lui succède. Mais Bugatti y maintiendra, jusqu'au dernier jour, ce goût artisanal de fa perfection qui rendra ses voitures légendaires. Son usine de Molsheim, d'où sortent des modèles victorieux dans toutes les compétitions internationales, devient le lieu de rencontre enthousiaste de l'automobile. Ettore Bugatti, que tout le monde appelle « le Patron », y règne avec l'autorité d'un capitaine d'industrie doublé d'un patriarche. Peu de visiteurs, des plus modestes coureurs aux têtes couronnées, ont pu résister à cet « envoûtement » que la fille du grand créateur évoque ici à travers ses souvenirs personnels. Lorsque, au lendemain de la seconde guerre mondiale, s'éteint Ettore Bugatti, ce n'est pas seulement un pionnier de l'automobile qui disparaît. Une époque s'achève : celle de ces véhicules de race fabriqués presque individuellement par un passionné de la mécanique pour d'autres passionnés. D'où l'extraordinaire destin posthume de ces voitures : dans le monde entier, des fanatiques recherchent, rachètent, réparent amoureusement les modèles de Molsheim, comme les témoins d'un âge d'or perdu.