Retour du Tchad : carnet d'une correspondante

Retour du Tchad : carnet d'une correspondante

Retour du Tchad : carnet d'une correspondante
Éditeur: Solin
2010174 pagesISBN 9782742787821
Format: BrochéLangue : Français

François-Xavier Verschave, un spécialiste, définissait ainsi la Françafrique :

"une nébuleuse d'acteurs économiques, politiques et militaires, en France et

en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisée sur l'accaparement de

deux rentes : les matières premières et l'Aide publique au développement. La

logique de cette ponction est d'interdire l'initiative hors du cercle des initiés.

Le système autodégradant se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement

hostile à la démocratie".

Ce dispositif, régulièrement reconduit, regroupe la majorité des dirigeants

africains mis en place, soutenus et protégés par la France : Omar Bongo et fils

(Gabon), Gnassingbé Eyadéma (Togo), Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou-Nguesso

(Congo), Blaise Compaoré (Burkina Faso), et bien sûr Idriss Déby au

Tchad.

C'est dans ce dernier pays que Sonia Rolley a travaillé comme correspondante

de RFI et de l'AFP. Pas facile d'être entre le marteau et l'enclume,

entre le régime tchadien dirigé d'une main de fer depuis dix-huit ans par le

président Déby, et entre les autorités françaises qui ont du mal à couper le

cordon ombilical avec leur ancienne colonie.

Sonia Rolley qui faisait son métier de journaliste sans complaisance (au

passage elle fustige l'équipée de l'Arche de Zoé et son traitement par la France

au plus haut niveau), a été expulsée, en mars 2008, pour ne pas avoir su se

taire. Pire, correspondante de RFI, seule radio crédible au Tchad (et en Afrique),

constamment sur le terrain, bénéficiant d'un accès personnel et privilégié tant

auprès des autorités que des rebelles et des opposants, elle s'efforçait de dire

la vérité. Pas celle de l'ambassade de France...

Au bout du compte son constat est amer : "Finalement, la Françafrique est

plus qu'un simple néocolonialisme. Au mieux, après observation des relations

entre responsables des deux pays, j'y perçois une forme de "syndrome de

Stockholm", la propension d'otages, les diplomates français, partageant longtemps

la vie de leurs geôliers, les régimes dictatoriaux tchadiens, à développer

une empathie ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. La version

moins romantique de cette idée est la froide collaboration avec ces régimes.

Je me souviens d'avoir lu dans un livre d'histoire que l'esprit de Vichy était fait

pour s'adapter aux colonies compte tenu de l'autoritarisme et du racisme des

régimes coloniaux."

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