Méthodologies du droit et des sciences du droit

Méthodologies du droit et des sciences du droit
En matière de méthodologie, les juristes ont le plus souvent eu pour réflexe de se réapproprier des modèles provenant d'autres champs de savoir. Cette attitude présente plusieurs difficultés. Elles reposent tout d'abord sur une part de fiction. Les juristes ne sont ni des mathématiciens, ni des physiciens, ni des biologistes, ni des historiens, ni encore des sociologues. Tout au mieux font-ils comme s'ils l'étaient. Par ailleurs, bien que les réappropriations méthodologiques opérées visent fréquemment à ériger le savoir juridique au rang de science,
cette prétention n'est pas exempte d'ambiguïtés, ni de malentendus. Cela tient
essentiellement au fait que, dans le domaine juridique, il existe deux niveaux
de langage, à savoir le langage du droit lui-même et le langage du savant
qui l'appréhende. Du point de vue d'une méthodologie analytique, ces deux
niveaux devraient être rigoureusement distingués. Toutefois leur confusion est
régulièrement entretenue. Pour certains, en effet, les juristes feraient d'autant
plus preuve de science qu'ils se révéleraient capables de reproduire, parfois en
vue de les prédire, les méthodes, les raisonnements et les solutions retenus par
les autorités normatives qu'ils observent. Pour d'autres également, le métier
de juriste est avant tout celui d'un bon connaisseur de la technique du droit
positif. Cette proximité gardée à l'égard de l'objet analysé est mal comprise par
les autres sciences humaines et sociales qui situent les efforts de distanciation
et d'objectivation au rang des premiers réquisits méthodologiques du savoir
scientifique.
Dès lors, les réflexions méthodologiques dépassent les enjeux internes au champ
juridique. Elles sont cruciales pour qui veut garder des clés de compréhension des
déplacements épistémologiques dont sont porteuses l'évolution des techniques
de connaissance et l'émergence de nouveaux objets d'étude (environnement,
bioéthique, nouvelles technologies, globalisation, déplacement des rapports entre
l'individuel et le collectif...) et qui défient les découpages disciplinaires hérités du
siècle dernier.