Fusées, n° 15

Simple nourriture. Sans cérémonie.
Il n'y a pas de victime, on mange les morts.
La mort ne doit être due ni à la lèpre, ni à la
dysentrie, ni à aucune maladie contagieuse.
La chair peut se manger fraîche ou faisandée,
le corps étant alors enterré plusieurs jours avant
d'être préparé. Il est ensuite démembré avec
un couteau de bambou, le ventre est ouvert,
les entrailles vidées, sans toucher à la vésicule
car, ouverte, elle donnerait un mauvais goût
à la viande. La cervelle est retirée.
La chair est cuite, coupée en petit morceaux,
assaisonnée de sel et de gingembre,
accompagnée de feuilles végétales. Les
morceaux sont répartis selon les liens de
parenté. Les femmes et les enfants sont
particulièrement amateurs de chair humaine.
Les femmes mangent la chair mâle ou femelle.
Elles mangent parfois leurs enfants nés
malformés, après les avoir tués délibérément.
Elles mangent aussi le placenta à la naissance
de leurs enfants. Les hommes sont plus
réticents. Ils ne mangent que la chair mâle,
ou parfois celle de leur soeur décédée.