Les cygnes sauvages

J'étais parfaitement heureux
d'être assis là sur la jetée,
malgré la fraîcheur. L'hiver
approchait, au cours duquel
une grande partie du
Hokkaidô gèle, y compris la
baie de Nemuro. Je pensais
aux cygnes, les imaginais
sur les plaines de Sibérie,
maintenant que le froid
extrême avait saisi l'air
là-haut, se rassemblant
pour la grande migration,
volant vers le soleil levant,
traversant les régions du
lenisseï, du lac Baïkal, de
la Mandchourie... Et sous
la grosse lune de Nemuro,
dans la froide solitude
de la nuit du Pacifique
Nord, j'ai renouvelé mon
allégeance, dans la lumière
et dans l'obscurité, au globe
terraqué qui reste, en dépit
de tout, encore si beau.
Point de départ : Tokyo, la ville tentaculaire.
Après quelques jours passés à s'imprégner
des signes de cette ville chaotique, l'auteur
part pour le Nord. Accompagné de
l'ombre tutélaire de Bashô, grand poète
japonais du XVII<sup>e</sup> siècle initié au zen qui fit
aussi route vers le nord, il remonte peu
à peu l'île principale d'Honshu, s'enfonce
dans l'arrière-pays, franchit le détroit de
Tsugaru, arrive à Hokkaidô. Cette terre
que les Japonais ont conquise sur les
Aïnous, un peuple de pêcheurs et de chasseurs
implanté au Nord du Japon et à l'Est
de la Russie, où, chaque année, des cygnes
sauvages migrent depuis la Sibérie.