Souvenirs de la Grande Guerre

Après des débuts dans la médecine, Léon
Jouhaud se consacre à sa passion pour l'art.
Homme d'une grande culture et d'une curiosité
sans limite, il est aussi un extraordinaire témoin
de son temps, qui se sert de tous les moyens mis
à sa disposition pour faire part de ses
impressions et de ses observations.
Le texte sélectionné ici appartient à un
imposant ensemble de manuscrits où Léon
Jouhaud s'attache à décrire et analyser la société
qui est la sienne. Il s'agit d'un récit relatant sa
vie de médecin pendant la première guerre
mondiale, de juillet 1914 à mai 1915, d'abord à
l'hôpital mixte de Limoges puis sur le front.
Parmi le foisonnement de documents,
témoignages et essais sur la Grande Guerre, ce texte de Léon Jouhaud
reste unique en son genre. Avec l'oeil du peintre, il brosse des portraits
de personnages, décrit des lieux, relate des anecdotes, sachant
combien ces détails sont riches d'enseignements et de puissants
révélateurs. Ses descriptions, où se mêle une part d'intime, ont valeur
de documents ethnographiques. Mais son approche est aussi celle d'un
citoyen qui évolue dans un contexte donné et véhicule des valeurs
particulières. De part cette prise de distance et cette volonté d'analyse
critique, son récit possède une portée sociologique et philosophique.
Léon Jouhaud se place à la fois en acteur et en spectateur ; et c'est ce
double regard qui fait toute la valeur et l'originalité de son oeuvre, tant
artistique que littéraire. Quatre-vingt dix ans après, cette subjectivité là
apporte un éclairage édifiant sur l'évolution du tissu social et des
comportements humains ; ce souci d'objectivité nous aide à éviter les
erreurs de jugements ou d'interprétation.
Pascale Nourisson a eu accès à ce corpus inédit de manuscrits, et
publié une biographie : Léon Jouhaud, le magicien de l'émail (1874-1950)
aux éditions Lucien Souny, 2003. Ce récit sur la Grande Guerre,
outre son intérêt évident pour les spécialistes, a aussi pour mission de
faire découvrir au grand public ce magnifique personnage injustement
resté dans l'ombre.