Indésirable Désiré

«Encore aujourd'hui à quatre-vingt-cinq berges, je suis gêné à
chaque fois que je dois décliner mon prénom Désiré. Ça ne fait
pas sérieux de se prénommer Désiré, cela prête à sourire. Pendant
longtemps, j'ai maudit mon père de m'avoir gratifié de ce prénom qui
me tourne doublement en dérision, car je n'étais pas souhaité, bien au
contraire. En effet, je suis le septième enfant que ma mère a porté en
son sein et elle m'a refusé, dès mon état embryonnaire. Durant toute
cette grossesse supportée comme une malédiction, mon père eut à
subir les reproches véhéments de son épouse. Excédé par tant de récriminations,
le maladroit auteur de mes jours déclara à la cantonade,
quelque temps avant ma naissance : "Ma 'h eo kont 'vel-se, ma vez pôtr
'vo laket e anv-bihan Désiré !" (Puisque c'est comme ça, si c'est un garçon,
on l'appellera Désiré !)».
Désiré Camus nous dit avoir été façonné, jusqu'à l'âge adulte, par sa
relation difficile avec sa mère. Cependant, le petit bonhomme n'était
pas sans ressources. Avec humour et sensibilité, Désiré nous conte son
enfance. Le pittoresque et la verve des personnages, les tableaux de la
vie courante et de la scolarité nous replongent dans un passé qui n'est
pas si lointain et que l'on toucherait presque du doigt. L'univers de ce
"Poil de carotte" du Trégor rappellera des souvenirs à bon nombre de
nos aînés qui, dans les années trente, ont usé leurs galoches dans différents
bourgs de Bretagne.