Le coma des mortels

«Mock se met dans des colères noires quand
il les entend parler comme ça devant moi. Mais ils s'en
foutent. Rien ne change. Je subis leurs insanités tous
les jours. J'entends tout. Et je comprends pourquoi ils ne me parlent
pas. Ils ont peur de moi. Je leur fais peur avec ma tête vide et mes
bras raides comme mes jambes. Avec mes yeux exorbités, ma gueule
grande ouverte, mes oreilles décollées à force de se tendre vers
un message de tendresse qui ne vient jamais. Ils ont peur du Jojo
déféquant dans leurs mains qui ne s'ouvrent que pour recevoir du
fric, pas de la merde. Ils ont peur de mourir. Je suis la mort vivante
et je leur fais peur. Faudrait qu'ils se soignent. Qu'ils prennent les
choses avec simplicité. Monsieur Bretout est un grand blessé. On
va faire en sorte de lui rendre son petit bout de vie agréable. On
va lui parler. S'intéresser à lui. Lui lire les livres qu'il aimait. Lui
parler de ses amis, de ses parents, de son pays, tout ça. S'ils avaient
cette envie de m'accompagner gentiment vers la fin, ils seraient plus
heureux. Mais non.»
À travers cette fiction nourrie d'une longue pratique auprès
de personnes gravement endommagées, Michel Cossais nous
donne drôlement à réfléchir sur le sadisme de l'appareil
médical lorsqu'il s'avance masqué, le primum non nocere
faisant à chaque instant retour dans la grimace d'un perinde ac
cadaver... Mais la voix ne meurt jamais, jusques et y compris
dans le plus profond des comas, tant il est vrai qu'elle est le
propre du commun des mortels - cet inconscient...