Lacan et la honte : de la honte à l'hontologie : étude psychanalytique

La honte, remarquait Jacques Lacan, «on s'en est longtemps tu», car «ce
n'est pas de cette chose dont on parle le plus aisément». Le long silence de la
psychanalyse à l'endroit de la honte suffit à le démontrer, à quoi semble s'opposer
la multiplicité des travaux qui lui sont aujourd'hui consacrés. Ainsi,
une question nouvelle surgit du lieu même de notre modernité : de quoi la
honte nous fait-elle signe ? Jacques Lacan s'efforça d'y répondre, à l'occasion
d'une leçon de son Séminaire L'envers de la psychanalyse , laquelle constitue
la pointe de son apport sur la honte. Bien des thèses s'y bousculent, dont
l'on tâchera ici de vérifier la portée dans la pratique psychanalytique, autant
que dans le lien social contemporain. À leur croisée, soulignons déjà le
diagnostic établi dans ce Séminaire : il n'y a plus de honte, derrière quoi
pourtant, «une honte de vivre» affecterait secrètement le sujet moderne. Et
Lacan d'en conclure : «C'est ça, que découvre la psychanalyse». Il s'agira
dans cet ouvrage d'en éclairer les raisons, mais aussi de faire valoir ici l'inédit
de l'offre analytique. Soit, là où proteste le dire du sujet de la honte
«Oh non !», qu'il soit rieur ou silencieux, permettre qu'advienne un savoir.
N'est-ce pas là un pari de la psychanalyse ? Freud n'y aurait pas contrevenu,
qui aura fait de l'association libre, la «promesse» de ne pas céder sur la
honte, plutôt d'apprendre d'elle.
La thèse de Doctorat de Psychopathologie dont cette étude est issue a reçu en 2008 le prix
de thèse du SIUEERPP (Séminaire Inter Universitaire Européen, d'Enseignement et de
Recherches en Psychanalyse et Psychopathologie clinique).