Parole perdue

- Tu sais ce que ça veut dire, perdre un fils ?
- Je sais, laisse échapper Ömer (...). J'avais un fils. Il n'est pas mort,
mais je l'ai perdu. Ce n'est pas seulement dans les montagnes et dans
les guerres que disparaissent les enfants. Le mien a capitulé, laminé
par l'état du monde, par lui-même. J'aurais voulu qu'il se batte, qu'il
conquière ses propres montagnes, qu'il me dépasse. J'aurais voulu en
faire le soldat de mes propres combats et le voir reprendre le flambeau
des valeurs qui étaient les miennes. J'aurais voulu qu'il s'engage au lieu
de végéter, qu'il lutte pour ses convictions, qu'il ait même le courage de
mourir s'il le fallait.
- Nos enfants ne sont pas nos miroirs pour qu'ils reflètent nos valeurs,
Ömer Beg. Il n'y a ni valeur ni victoire qui vaille qu'on lui sacrifie la
vie d'un enfant.
Ömer, célèbre romancier en panne d'écriture, se lance sur les routes
anatoliennes à la recherche de sa vérité et de celle du peuple kurde. Il
s'éloigne ainsi de son épouse Elif, scientifique de renom, elle aussi en
plein questionnement : pourquoi leur fils a-t-il décidé de fuir ses parents
et un monde à feu et à sang pour la tranquillité d'une île norvégienne ?
En quoi leur génération militante a-t-elle failli ?