Annele Balthasar

Annele Balthasar

Annele Balthasar
Éditeur: Arfuyen
2018200 pagesISBN 9782845902688
Format: Broché

Annele Balthasar est publié et représenté en 1924. Le succès est

immédiat et se reproduira à chaque nouvelle mise en scène de la pièce.

Ici aucune facilité, aucun pittoresque. Une écriture forte et nue. Un

thème grave et universel : l'intolérance, l'exclusion, la persécution.

C'est une femme qui en est la victime, comme tant d'autres le furent :

on estime à quelque 100 000 personnes - bien sûr, en grande majorité,

des femmes - le nombre des victimes de la chasse aux sorcières.

Nathan Katz s'est directement inspiré du procès d'Anna Balthasar

qui a réellement eu lieu, à Altkirch en 1589, et décrit avec une parfaite

justesse la terrible mécanique qui, à partir d'une simple dénonciation,

fait enfler la rumeur, extorque les aveux et condamne à la mort.

Cette chasse aux sorcières, ce n'est pas au Moyen Âge qu'elle a eu

lieu, c'est à l'époque de Descartes : elle atteint son apogée aux XVI<sup>e</sup> et

au XVI<sup>e</sup> siècle (la dernière « sorcière » est exécutée en Suisse en 1782).

Ce n'est plus alors l'Église qui la mène, ce sont les États : ce ne sont

pas des inquisiteurs qui jugent Annele Balthasar, mais les magistrats

d'un tribunal civil. Plus grave encore : ces politiques de terreur

s'appuient sur une large adhésion populaire.

On le voit, la chasse aux sorcières ne relève pas d'un lointain passé.

Si personne n'imagine plus aujourd'hui des femmes forniquant avec

des démons, l'obscurantisme, le fanatisme, le machisme sont toujours

là et la désignation de « boucs émissaires » reste un instrument privilégié

des dictatures. En cette même année 1924 où Nathan Katz faisait

représenter son Annele Balthasar , à 300 kilomètres de là, dans la

prison de Landsberg Adolf Hitler rédigeait Mein Kampf qui désignait

à la vindicte publique non plus les possédées du diable, mais tous les

juifs. « Katz aime les hommes et les plaint , écrivait Guillevic en 1930,

il aimerait qu'ils changent et, comme il est bon, il espère en leur perfection .

[...] Je crois que Rilke l'aurait beaucoup aimé, lui qui aimait les choses

et l'humilité. Il est très grand, et les enfants des imbéciles contemporains

le sauront dans quelque dix ans. » Treize ans plus tard, sur la carte

d'identité française de Katz seraient apposés quatre caractères d'un

centimètre de haut : « Juif » .

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