Dire sans nommer : analyse stylistique de la périphrase chez Marguerite Yourcenar

Dire sans nommer : telle est «la réalité centrale» des oeuvres
narratives de Marguerite Yourcenar - en prise avec l'indicible.
Confrontée aux interdits de verbalisation et aux manifestations du
Sacré, elle a en outre douloureusement conscience de son « moi
incertain et flottant ». Une tension naît entre la nécessité de dire et
l'impossibilité de nommer : le langage est trop socialisé, trop policé
pour saisir la substance des êtres. C'est pourquoi elle crée un
langage du détour et de l'entour des choses - non comme une
solution de sa difficulté à dire mais comme ce qui maintient le
flottement de l'expression et permet le dépli de la complexité. Par
toutes les ressources stylistiques de la périphrase, elle dit « l'infus
et l'imprononcé » en des formes décantées qui suggèrent une vision
du monde très subversive.