La petite samouraï : récit

Isabelle doit partir à Berck-sur-Mer rejoindre les enfants
allongés.
Pourquoi Berck ? Parce que Berck est la plage la plus iodée
du Nord-Pas-de-Calais et parce que l'iode répare les os.
Alors que le charleston est parti endiabler le Touquet, un
peu plus loin, les malades des os envahissent Berck-sur-Mer.
La jambe d'Isabelle doit être placée en extension ici à Berck.
La maladie fait la fortune économique de cette station de la
Côte d'Opale où la grève se mélange au ciel dans des harmonies
de gris. Cette palette cendreuse à la fois morne et changeante
avec des marées lointaines en fait un drôle de désert dont
jamais, pendant mes deux ans d'étirement, je n'effleurerai le
sable. Un sable miraculeusement fin et vierge qu'ont foulé, un
jour de 1944, les soldats canadiens débarquant pour délivrer
la France. Ils y ont laissé leur peau. Mais ceci est une autre
histoire.
Je dois grandir ici, par le double effet de la nature et de
l'étirement mécanique. Je dois grandir immobile, je dois
grandir couchée.