Cartographie et représentations de l'Orient méditerranéen en Occident : du milieu du XIIIe à la fin du XVe siècle

À la fin du Moyen Âge, l'Orient méditerranéen fait l'objet de nombreuses descriptions et de représentations
cartographiques en Occident : Orient sacré de la Bible et des Évangiles, Orient
épique et féodal des Croisades et des États latins de Terre sainte, mais aussi Orient de la Grèce
antique et de ses vestiges. À la fois lointaines et familières, les régions du Levant font partie de la
mémoire géographique de l'Occident. Il s'agit d'un espace aux limites variables, centré sur la Terre
sainte mais étendu selon les cas jusqu'à l'Europe orientale et les Balkans et jusqu'à l'Égypte, sans
cesse redéfini en fonction des intérêts occidentaux manifestés à travers les cartes. Une période particulièrement
féconde de cette production cartographique s'étend de la fin du XIII<sup>e</sup> siècle, période
de vains projets de reconquête des Lieux saints et d'une recrudescence des pèlerinages, jusqu'aux
dernières décennies du XV<sup>e</sup> siècle, lorsque l'exploration des îles et des côtes africaines décentre progressivement
l'attention des Occidentaux vers l'Atlantique.
Les cartes géographiques étudiées dans ce livre (mappemondes, croquis régionaux, cartes
marines, mais aussi cartes et descriptions des îles), ne peuvent être comprises que dans leur rapport
avec des textes dont elles proviennent et qui les accompagnent. Ce sont des outils intellectuels adaptés
et modifiés en fonction des objectifs de leurs auteurs et de leurs destinataires. Elles illustrent
la place toujours essentielle, à la fin du Moyen Âge, de la géographie sacrée et de préoccupations
géopolitiques et stratégiques. Leur point commun n'est ni leur forme ni leur souci d'exactitude,
mais le contexte dans lequel elles ont été construites : l'inquiétude de l'Occident face à l'expansion
turque. Sans nier pour autant que le merveilleux et l'exotisme y soient parfois présents, cette étude
tend à montrer que ces cartes médiévales avaient bien pour fonction de représenter un espace réel
sur lequel il était possible d'agir.