Aspect du corps dans l'oeuvre de Romain Gary

Aspect du corps dans l'oeuvre de Romain Gary

Aspect du corps dans l'oeuvre de Romain Gary
Éditeur: L'Harmattan
2003231 pagesISBN 9782747543248
Format: BrochéLangue : Français

Le corps, dans l'oeuvre de Romain Gary, dépasse largement ses limites

physiologiques. Il acquiert une dimension politique, religieuse, tout en restant un

instrument privilégié d'humour. C'est là la principale source de difficulté pour son

appréhension. N'hésitant pas à recourir à l'inversion presque systématique, les

personnages garyens dénoncent à l'envi les perversions de l'intelligence, la

monstruosité des idées, bref détrônent la tête au profit de l'angélisme prêté au «cul».

Tout devient alors prétexte à interprétation débridée, depuis les entrailles, siège

véritable de l'âme, jusqu'au sexe idéologique. Dans un univers où l'homme peine

tant à être lui-même, à savoir doté de qualités véritablement «humaines, humanistes

et humanisantes», la trahison du corps ne peut guère passer pour une surprise.

Incapable d'assumer sa propre humanité, l'individu présente une enveloppe externe,

une peau, apparence d'homme, mais sans personne à l'intérieur.

Au commencement est le coeur, siège traditionnel des émotions, simple organe

sans affect véritable. Puis viennent les bras, souvent inutiles, dans une étreinte sans

objet. Le poids du corps passe de ce fait aux organes internes, dans le flux de

l'ingestion, digestion, excrétion, révélateur de l'aptitude de l'âme à nous traverser

sans nous concerner réellement.

Il en va de même du sexe, illusoire pouvoir d'une masculinité en quête d'elle-même,

peu capable de rendre compte d'une relation réciproque. L'individu par

excellence, dans son entier, paraît sous les traits de la femme, après cette revue

organique. Visages multiples pour une vénusté commune, recherche d'un corps pour

deux, la femme garyenne est souvent sans plaisir, partagée entre l'indifférence et le

refus.

C'est à la figure renouvelée de la «bonne pute» que s'attache, non l'orgasme

ou le désir, mais un plaidoyer charnel en faveur de «l'innocence du cul», dans un

monde où coucher avec quelqu'un est encore le meilleur moyen de ne pas se

rencontrer.

Ne complétant pas forcément les portraits de femme, le portrait d'hommes se

cherche dans une «gueule» christique, mâtinée de flibustier, au travers des émois

adolescents ou du drame de l'impuissance, avant de prôner l'abstention nécessaire,

la ferme volonté de ne pas se reproduire.

Tous ont en commun l'espoir de l'Homme à venir, et, dans l'immédiat, celui de

pouvoir changer de peau. Illusoire prévention, pour laquelle la science s'avère

impuissante. Car le corps, par personnages interposés, ne s'affirme que dans une recréation

continue, oeuvre d'imagination permanente. Il ne saurait y avoir un seul

corps, celui que j'ai , imposé, corps-prison, quand le corps que je suis le fait exploser

pour donner naissance à d'infinies variations de la liberté d'être.

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