Identité : fragments, franchises

Ces fragments, arrachés par la stupéfaction : l'État
dont je suis citoyen lance un débat national sur l'identité
nationale. Serait-elle perdue ? serait-elle devenue
décidément trop indécise ? serait-elle en danger ? Mais
l'État n'est jamais que l'instrument de la nation : ce
n'est pas à lui d'en définir, encore moins d'en constituer
l'identité. Comme, de plus, cette initiative ne vise
qu'à resserrer les rangs de tous ceux qui craignent pour
l'identité de ladite identité - la couleur de sa peau, son
accent, sa langue, sa religion - et qu'il s'agit à la fois de
les conforter et de prévenir les candidats à la nationalité
qu'ils seront homologués par cette identité, l'opération
tourne en rond.
L'identité nationale tournerait-elle mal ? Mais sait-on
seulement de quoi on parle ? De là venait la stupeur
première : que des termes aussi chargés que «identité»
et «nation», lestés par un demi-siècle - au moins -
de questionnements philosophiques, psychanalytiques,
ethnologiques, sociologiques et politiques, se trouvent
allègrement propulsés en objets de «débat».
Se sont donc détachés ces quelques fragments, à la
hâte. Ils peuvent se lire aussi comme quelques préalables
indispensables à toute prise en compte des mouvements
tectoniques et des métamorphoses que connaissent
désormais les supposées «identités nationales», ici
comme ailleurs.