Laisser parler ses mains : au-delà de la maladie d'Alzheimer, nos grands-parents en résidence

Plasticienne et art-thérapeute, j'ai été appelée à la maison
de retraite médicalisée Sainte Monique , d'août 1999
à décembre 2006, pour intervenir auprès de résidents atteints
de maladie d'Alzheimer ou apparentée. Il m'a été demandé
de travailler avec de l'argile, en groupe et en milieu ouvert.
Chaque semaine, à jour et heure fixes, autour de la table
de la salle à manger, j'ai invité ces personnes à un moment
de création, déposant devant chacune un petit tas de glaise.
Au contact de la terre, leur comportement change : leurs plaintes
s'amenuisent, leur regard s'élargit, leurs oreilles se tendent,
la communication circule, un lien social se tisse à nouveau...
la vie reprend le dessus !
Les créations, petites de taille, méritent qu'on s'y attarde ;
d'apparence simple, elles dégagent beaucoup de poésie, révèlent
une grande délicatesse et une forte expressivité. Si, d'une semaine
à l'autre, elles semblent se répéter, elles ne sont pourtant jamais
tout à fait les mêmes. Je considère avec soin ces pièces en argile
et les photographie. Rassemblée, l'oeuvre de chaque participant
est très percutante.
Grâce aux notes prises en fin de séances, les planches
sont accompagnées de textes qui retracent le parcours
des créateurs. À travers ce recueil, avec l'accord des résidents
et celui de leur famille, je vous invite à découvrir ce que
peuvent encore nous dire nos grands-parents en résidence ,
au-delà des déficiences neuro-psychologiques
dont ils souffrent.