La charrette à bras : les Italiens de Saumur

Il peut paraître surprenant d'associer l'Anjou avec le phénomène de l'immigration italienne en
France, mais cette région de l'Ouest de l'Hexagone a cependant vu affluer, dès la fin du XIX<sup>e</sup> siècle,
des transalpins dans des proportions tout à fait significatives. De véritables réseaux villageois et
familiaux se créèrent entre différentes vallées de l'arc alpin italien et les villes du Grand Ouest, et
donnèrent naissance à des courants migratoires : celui des mosaïstes-carreleurs du Frioul et des
cimentiers de la Valsessera.
Les villages, qui ont pour noms Postua, Ailoche, Caprile, Pianceri, Guardabosone, de cette petite
région, située dans le nord de la province de Vercelli, voyaient ainsi, dans les premières décennies
du XX<sup>e</sup> siècle, leur population masculine, de pauvres paysans que la terre locale ne pouvait nourrir,
partir en grand nombre pour les régions de l'Ouest de la France.
En 1872, le pionnier de cette immigration, G. Novello, installe à Tours une entreprise de travaux
en ciment et béton armé. Pour répondre à la forte demande du marché local, il fait appel à des
compatriotes de sa vallée, qui, après un passage dans l'entreprise, développent à leur tour dans
une ville voisine une activité similaire. Rapidement, grâce à cet essaimage, il y a une véritable colonisation
du Grand Ouest par les cimentiers de la Valsessera.
Sur ce principe, les cités de l'Anjou, comme Saumur, assistent ainsi, au cours des années 1900-1930,
à l'installation d'entreprises de bâtiment italiennes qui deviennent le lieu de transit de nombreux
transalpins et sont à l'origine de «petites colonies italiennes» dans ces villes.
Aujourd'hui les enfants, petits-enfants, voire les arrière-petits-enfants des cimentiers sont «intégrés»
dans le tissu social de la région, ou devenus transparents comme il est coutume de dire, mais ils
conservent des liens solides avec les petits villages d'origine.
Ce chemin migratoire atypique fut celui que choisit le grand-père de l'auteur en partant, en 1922,
de son village natal de Guardabosone.
Dans ce livre, fruits de recherches bibliographiques, d'analyses d'archives, de réflexions personnelles
et de recueils de témoignages oraux, Laurent Garino, vétérinaire saumurois, a refait le chemin
à l'envers, repartant sur les sentiers de l'immigration italienne en France à la quête de son passé
et de son identité.