Morts en formule 1

La rumeur enflait dans le paddock. Il se disait que Roche et Marquez en étaient venus aux mains. A Monaco, on ne parlait que de ça. Dans le secret du mobil home McLaren, Ron Dennis tentait d'apaiser ses pilotes. Pour une fois, il n'avait pas le dernier mot. Il ne lui restait plus qu'à sauver les apparences.
Les journalistes, eux, étaient à l'affût. Ils guettèrent l'incident jusque sur la ligne de départ.
L'heure avançait. Des grappes de spectateurs tentaient de se percher sur la moindre aspérité des édifices. Les plus vernis ou les plus fortunés avaient trouvé refuge sur des balcons loués cent mille dollars l'unité. Plus c'était bas, plus c'était cher. Le circuit faisait alors penser à une immense camp retranché sous la surveillance d'une armée de sentinelles postées sur des miradors.
Les mécaniciens répétaient avec application des gestes appris depuis toujours. Les commissaires de piste rejoignaient leurs postes tandis que la famille princière était venue encadrer le couple formé par Ecclestone et par Jean Marie Balestre, le président de la fédération internationale. Après s'être déchirés sauvagement, ces deux-là avaient fini par enterrer la hache de guerre en signant les accords Concorde qui mirent un terme à la rivalité entre la FIA de Balestre et la FOCA d'Ecclestone.
Le bruit des sirènes crevait les tympans, les cris des sifflets se répondaient en de longues plaintes stridentes. Toute cette effervescence annonçait l'imminence du départ... La mort rodait déjà sur la ligne de départ.