Ethnologie française, n° 1 (2006). De la censure à l'autocensure

Pourquoi la question de la censure a-t-elle resurgi dans les démocraties
contemporaines, des deux côtés de l'Atlantique ? Quelles
frontières convient-il ou non de tracer à la liberté d'expression dans la
sphère publique - des médias à l'enseignement, au discours scientifique
ou historique, aux formes d'expression artistiques et au discours
commercial ? Quant à l'autocensure, comment se transforme-t-elle
d'un système de protection volontaire ou involontaire en un stimulant de
la créativité ou bien, au contraire, en une entrave à la communication ?
L'ensemble des contributions de ce numéro met en évidence les
formes visibles ou, au contraire, imperceptibles, larvées, implicites, de
la censure depuis le début du XX<sup>e</sup> siècle, dans divers pays : France,
Allemagne, Grande-Bretagne, Portugal, États-Unis et sur divers
champs : le religieux, le sexe, le politique, les habitudes de consommation...
Cet ensemble offre au lecteur les outils d'une comparaison qui
l'aide à mesurer les seuils de tolérance. Il s'avère que ceux-ci se déplacent
dans le temps et l'espace, mais moins qu'on ne pourrait le croire.
Avec la mondialisation économique et dans les démocraties
libérales, la censure n'émane plus tant de l'État que de la société civile
(groupes de pression, firmes, associations). Malgré une plus grande
liberté, les individus n'échappent pas à l'autocensure. Les moyens
d'expression le prouvent : censure et autocensure se répondent...