Etudes, n° 405-4

L'excellence qui, autrefois, s'inscrivait dans la durée et dans l'être, s'exprime aujourd'hui essentiellement dans l'éphémère et dans le faire. A l'excellence d'antan qui se définissait comme la capacité de résistance et de permanence face au temps qui s'écoule, comme « ce qui émergeait du flux des années », a succédé une logique d'excellence radicalement opposée, marquée du sceau de la technologie moderne, de la production de masse et de la vitesse de communication. Dans la première acception - celle d'antan -, l'excellence, consacrée par les années, constituait une valeur proche de la perfection : elle était la qualité intrinsèque de ce qui est tellement bon, tellement parfait - en soi et non par rapport aux autres - que cela résiste au temps qui passe, érode et détruit. Dans l'acception actuelle, si l'excellence consiste toujours à se distinguer du lot commun, elle ne s'affirme plus dans la durée et dans un « état », elle s'inscrit dans le processus même, elle n'est qu'une échelle, elle exalte celui qui est « en haut » et, à ce titre, elle est donc essentiellement et avant tout éphémère.
L'hyperformance ou la combustion de soi
Nicole Aubert - p. 339-351