L'enfant de la Borie : une enfance aveyronnaise

L'odeur sucrée des feuilles mortes amoncelées sur la terre encore chaude des derniers rayons du soleil... La vapeur qui monte des sols retournés par les labours d'automne... Le son entêtant du marteau sur le fer incandescent s'échappant de l'atelier du forgeron... La subtilité de la pêche aux écrevisses dans l'eau fraîche et vive... Autant de parfums, d'images, de bruits et de sensations qui prennent corps sous la plume de Jean Rouquet. Il esquisse pour nous le tableau d'une enfance marquée par les privations de la guerre mais heureuse. Au-delà des souvenirs et sans apitoiement sur le « bon vieux temps », il ressuscite un monde disparu, à l'écoute de la nature et du rythme des saisons.
Je n 'ai pas encore trois ans. Je marche entre mon père et ma mère qui me font voler en me donnant la main. Nous sommes sur le chemin de la Borie, après le pont sur le Rance. Un oiseau minuscule s'envole d'un petit tas de lauzes. Il fait beau et mes parents sont heureux, nous rions tous les trois. Nous allons au petit pré de Roquefort, où fleurit un seringat. Ma mère m'a dit que « seringat » est le premier mot que j'ai prononcé, après « papa-maman ».