Ecritures d'Auschwitz : défiguration et transfiguration de l'histoire

Le nom d'épouvante «Auschwitz» sert à symboliser la «destruction
des Juifs d'Europe» par les nazis, leurs alliés et complices.
Une littérature multiforme lui est, sans relâche, consacrée depuis quelques
décennies : psychanalytique, romanesque, poétique, de témoignage... Dans
cet océan, l'auteur s'attache aux philosophes pour s'efforcer de cerner les
raisons de la déception que leurs tentatives procurent. C'est que, à se tenir
éloignés de la saisie des faits politiques et «culturels» qui ont pourtant
présidé aux cruautés hitlériennes, la plupart des essais philosophiques semblent
se satisfaire de ramener «Auschwitz» à des thèmes et notions aptes
à détenir, selon ces auteurs, une portée bien plus élevée que toute connaissance
précise de l'histoire multiforme et touffue désignée, par le vocable
«le III<sup>e</sup> Reich», comme si son unicité était l'évidence même. Ces vastes
vues se tourneraient vers l'ontologie (Agamben), vers la politologie (avec
Arendt), l'histoire de la philosophie tout entière (avec Lévinas), l'éthique
(avec Jonas).
En revanche, des tentatives proprement artistiques parviennent selon
de multiples voies à affronter «l'indicible» et «l'innommable». De façon
inévitablement partielle et partiale, l'essai s'attache à quelques oeuvres
afin de rendre hommage à leur auteur. Ainsi en va-t-il pour Jean Améry,
pour Imre Kertész, Rosetta Loy et Sebald enfin. Chacune des oeuvres s'attache
à un moment, à une face de la tentaculaire entreprise génocidaire nazie
; à chaque fois, la persévérante élaboration poétique sans en masquer
l'épouvante en brise cependant l'opacité.
À l'obscurcissement que produit la défiguration «spéculative» de
l'histoire, fait face la vérité de sa transfiguration artistique.