Cadences

C'était une femme plutôt grande, d'allure assez froide, belle peut-être. On la voyait passer tôt le matin, à l'heure où la brume enveloppe encore les rues et le bas des immeubles, s'estompant pour laisser glisser les voitures, étouffant progressivement le vrombissement des moteurs. On savait que c'était elle avant même de la voir. On reconnaissait, à l'oreille, le déséquilibre sonore de ses talons sur le macadam, le pied droit frappant davantage le sol que le pied gauche. La démarche était assurée, presque militaire. Puis elle apparaissait, tête et buste tendus, jambes souples et rapides. Elle avançait en cadence et rien ne semblait pouvoir l'arrêter.
Il n'est pas rare qu'une image, une sensation s'imprime dans l'esprit au point de devenir obsessionnelle. Le narrateur ici n'a d'autre désir que de retrouver la femme qu'il a vue tant de fois passer au bas de son immeuble. Passionné de musique, d'opéra et de littérature, il saisit les indices laissés par le hasard pour entamer sa quête. Une quête qui lui fera quitter sa ville du nord de la France pour Venise et la Côte d'Opale.