Le vertige du funambule : le design graphique entre économie et morale

Parce qu'il contribue à la mise en forme de contenus et à l'organisation
des conditions de circulation des biens matériels et immatériels, le design
graphique est toujours une recherche d'équilibre entre son instrumentalisation
par les pouvoirs économiques, politiques et l'attitude critique des designers
à l'égard de ces pouvoirs. Le vertige naît de la rupture de cet équilibre.
Le capitalisme cognitif et l'industrie culturelle connaissent les compétences
du design graphique. Assimilé à un emballage créateur de plus-value,
il contribue à favoriser l'extension d'un formatage esthétique mondialisé.
Faut-il renoncer à la fonction critique du designer ? Faut-il accepter de faire
le deuil d'une capacité à accompagner les individus dans la lecture de la complexité ?
Au contraire, il s'agit d'interroger et d'actualiser cette fonction critique
en investissant ce qui constitue aujourd'hui le terreau commun : la culture
numérique. Un certain nombre de conditions doivent cependant être réunies :
revenir à l'histoire du design graphique et au contexte de sa formation à la fin
du XIX<sup>e</sup> siècle, réfléchir à son rapport à la technique et à son lien à la notion
de «projet».
Cette actualisation nécessite la constitution d'une culture qui intègre
les nouvelles pratiques forgées par l'arrivée des nouvelles technologies,
une pensée de cette technologie et de nouvelles méthodes d'analyse. Pour cela,
faut-il que chaque acteur du design graphique accepte de sortir de son statut
et de ses certitudes : s'aventurer dans l'inconnu.