Le temps dans la psychanalyse : journées des 20 et 21 mars 2004, Paris

Les précipitations temporelles qui affairent le sujet contemporain lui permettent-elles
d'inscrire autre chose que des performances dans l'espace ouvert mais borné
d'une compétition entre semblables ? La psychanalyse, quoiqu'il en soit, va à contre-courant
et on lui reproche souvent sa durée. En fait, elle n'est pas continue, son
rythme est fait des battements d'ouverture et de fermeture de l'inconscient où le
lien entre le dire et ce qui s'en inscrit dans le transfert, use d'un temps très particulier,
complexe, qui se compte dans l'après-coup et s'énonce volontiers au futur
antérieur. Une cure psychanalytique n'est donc pas la contemplation d'un passé qui
ferait destin, ni une propédeutique à la finalisation de projets, ni l'initiation à des
mystères éternels. Elle situe peu à peu, quasiment mot à mot, un sujet à la racine
d'un acte d'inscription qui noue le temps à l'Autre et non au semblable.
Le temps de la psychanalyse n'est pas pure altérité, mais permet d'en prendre la
mesure après-coup, de l'inscrire donc et pas seulement de l'invoquer. Mais ce qui
s'inscrit au moment de conclure vient après un temps pour comprendre dont on ne
peut prévoir la durée. L'anticiper reviendrait à enliser la cure dans un espace-temps
linéaire qui ne peut convenir à la dimension métaphorique de l'altérité propre à la
psychanalyse.
Le mode selon lequel la psychanalyse inscrit le temps dans le processus toujours risqué
d'un effet de sens, peut-il nous guérir de nous urgences habituelles à courir vers
les objets de nos addictions ?